Des élections qui n'intéressent pas grand monde
Ce n'est pas un scoop, les scrutins européens peinent à mobiliser l'électeur européen. Les enjeux ne seraient pas suffisamment perceptibles. La faute à qui? Aux médias, aux partis
politiques?
Va-t-on assister à la victoire de l'euroscepticisme, traduisant des doutes quant à l'efficacité ou aux résultats des programmes des communautés européennes? La marque la plus
forte de cette frilosité fut la victoire du Non au référendum sur le TCE en 2005.
Les élections européennes souffrent malheureusement d'un trop fort taux
d'abstention. Certains voient en cela un rejet de la part des citoyens à l'égard de la construction européenne. Or, cela ne serait-il pas le fait d'une représentation politique lacunaire et
détournée (je veux parler des enjeux d'intérêts nationaux) plutôt que d'un total désintérêt? On peut citer à ce propos, l'européanisation défaillante des campagnes et l'instrumentalisation des
élections par les partis nationaux. La campagne nationale actuelle que certain ont axé sur un anti-sarkozysme primaire donne un bien piètre spectacle de la politique et occulte totalement
les véritables enjeux et préoccupations européennes. Ce scrutin n'a pas vocation à sanctionner les gouvernements nationaux en place, quand nos politiques vont-ils enfin traiter l'Europe de
façon responsable, et mettre de côté les guéguerres nationales de partis?!!!!!
D'un autre point de vue, le caractère inédit du Parlement européen peut en partie expliquer ce désintérêt, le fonctionnement et l'organisation de cette institution sibylline pour
les électeurs. Une absence de pédagogie de l'Europe est à déplorer. Depuis 1979 et les 1ères élections au Parlement Européen, l'ignorance et l'éloignement sont toujours
les mêmes...il n'y a pas de proximité.
De plus, comment appréhender une compétition électorale organisée dans un cadre national? Les élections européennes ne sont qu'une juxtaposition de 27 moments électoraux. Sans compter
la présence de listes d'extrême gauche et d'extrême droite voulant sièger au sein d'une institution qu'elles contestent, ce qui n'aide pas les électeurs pour la lisibilité des
enjeux. Car des enjeux il y en a, les politiques publiques européennes ont des répercussions directs sur le quotidien des citoyens de l'UE, la prise de conscience à ce niveau est plus
qu'urgente.
L'Europe, cet "Objet Politique Non Identifié" (selon Jacques Delors) est le fruit d'une longue construction,
complexe, difficile, demandant le consensus, si ce n'est l'unanimité de pays à la fois très proches et très différents, de par leur histoire et leurs traditions politiques. A la fin, peu de
gens y comprennent quelque chose. Très peu de gens admettent que les choses aillent si lentement, dans tant de 'byzantinisme', alors que, si l'on regarde la réalité, tout cela est allé
extrêmement vite depuis 1951. Un demi siècle, à l'échelle de l'histoire, ce n'est rien, surtout pour arriver à des institutions communes qui, malgré tout, fonctionnent.
Cette construction européenne est un projet suffisamment ambitieux pour être et avoir été soutenu par des gens d'opinions politiques très diverses, libéraux, socio-démocrates.... "L'Europe"
n'est rien en elle-même. Elle sera ce que les gouvernements que nous élisons et le Parlement européen, que nous devrions être beaucoup plus nombreux à élire, en fera.
Mais pour cela, encore faut-il que l'Europe apprenne à se rapprocher de ces citoyens...
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